L’ETAT ET LA PROTECTION DES DROITS HUMAINS AU BURKINA FASO
L’Etat est, au premier chef, concerné par la réalisation de tous les droits
humains – civils, culturels, économiques, politiques et sociaux – de ses
citoyens. Il en est comptable en premier lieu. La défense des droits humains ne
saurait être le monopole de groupes privés, aussi actifs et désintéressés
soient-ils.
L’Etat, garant du respect des droits humains
Dans le but de consolider le processus démocratique, le gouvernement a adopté
un plan national de bonne gouvernance en octobre 1998. La gouvernance
démocratique s’entend de l’exercice de l’autorité politique, économique et
administrative garantissant la participation populaire, la stabilité politique,
le développement institutionnel et le respect des droits humains. La protection
et la promotion des droits humains constituent donc un axe important dans
l’action d’édification d’un Etat de droit démocratique. Elles ne sont nullement
incompatibles avec l’action gouvernementale. Le développement humain et la
réalisation des droits humains sont indissociablement liés, et l’accès à
l’éducation de base, aux services de santé, au logement et à l’emploi est un
droit humain fondamental aussi essentiel que les droits civils et politiques.
Certes, la promotion et la défense des droits humains ont été, pendant
longtemps, considérées, dans notre pays et dans bien d’autres pays africains,
comme l’apanage des seuls acteurs non gouvernementaux en lutte face à la
puissance publique omnipotente. A cet égard, la multiplication des acteurs non
gouvernementaux de défense des droits humains semblait laisser apparaître une
certaine opposition entre les acteurs étatiques et les acteurs non étatiques.
Dans un pays économiquement pauvre et dépourvu de ressources naturelles et
technologiques importantes, la principale priorité de l’Etat semblait être le
développement économique, lequel devait conditionner l’action de l’Etat. Ce
faisant, les autorités publiques avaient abandonné le champ de la défense des
droits humains aux seuls acteurs de la société civile.
Il convient de rappeler que, loin de s’opposer, les exigences du
développement économique et celles de la protection des droits humains sont
intimement liées. Aucun développement économique véritable ne peut s’opérer sans
un épanouissement de la personne humaine, qui doit être en réalité la finalité
de toute action de développement. Développement économique et protection des
droits humains sont donc indissociablement liés. L’Etat, comptable du respect de
la vie de ses citoyens et des personnes relevant de sa juridiction, est le
premier garant du respect des droits humains sur l’ensemble de son territoire.
Une telle mission ne peut être réalisée sans une collaboration permanente
avec les acteurs privés de défense des droits humains. Il s’avère donc
nécessaire d’engager le dialogue permanent avec les acteurs non gouvernementaux
pour une action concertée, et une collaboration dans le respect mutuel de
l’autonomie de chaque acteur.
L’Etat, acteur de la promotion des droits humains
Les droits civils et politiques sont, par leur nature, opposables à l’Etat
qui doit s’abstenir d’y porter atteinte ; en revanche, les droits économiques,
sociaux et culturels requièrent de la part de l’Etat une action positive tendant
à les promouvoir et à en faciliter la jouissance par tous les citoyens.
D’une manière plus générale, la jouissance effective par les citoyens des
droits humains fondamentaux qui leur sont reconnus par la Constitution et par
les principaux instruments internationaux applicables suppose la mise en place
d’un cadre juridique, politique et institutionnel, ainsi que l’aménagement d’un
environnement économique, social et culturel favorables au respect de ces
droits.
Cette tâche essentielle de promotion des droits humains, inséparable de la
protection de ces droits, incombe en priorité à l’Etat qui s’en acquitte à
travers l’adoption de mesures juridiques, politiques, institutionnelles,
éducationnelles ou autres susceptibles de favoriser la connaissance et la
compréhension des droits humains par les citoyens et par les institutions
nationales et de faciliter l’enracinement d’une culture de la paix et des droits
humains au Burkina Faso.
Dans l’accomplissement de cette tâche, l’Etat peut s’appuyer sur les
mouvements et associations de promotion et de défense des droits humains, dont
l’action en la matière, au cours des dernières années, a permis l’émergence
d’une prise de conscience nationale sur la valeur des droits humains en général,
et sur la nécessité de leur promotion au Burkina Faso, en particulier.
Il apportera, dans toute la mesure du possible, son appui et son soutien aux
mouvements et associations oeuvrant pour la protection et la promotion des
droits humains au Burkina Faso, en particulier dans les zones rurales et
urbaines.
Dans cette perspective, l’Etat burkinabé privilégiera l’éducation, la
sensibilisation et l’information des citoyens sur toutes les questions relatives
aux droits humains, en rapport avec les traditions culturelles des populations
et les exigences d’un Etat de droit moderne et démocratique et en accord avec
les engagements internationaux régulièrement souscrits aux plans régional et
international.
|